{"id":1267,"date":"2012-12-24T16:30:45","date_gmt":"2012-12-24T15:30:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.odilemojon.fr\/?p=1267"},"modified":"2013-01-14T08:31:07","modified_gmt":"2013-01-14T07:31:07","slug":"un-noel-politique-avec-francois-rabelais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.odilemojon.com\/?p=1267","title":{"rendered":"Un No\u00ebl politique avec Fran\u00e7ois Rabelais"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.odilemojon.fr\/?attachment_id=1269\" rel=\"attachment wp-att-1269\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-thumbnail wp-image-1269\" alt=\"Francois-Rabelais\" src=\"http:\/\/www.odilemojon.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/Francois-Rabelais-150x150.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a>En cette veille de No\u00ebl 2012, alors que nous vivons une p\u00e9riode marqu\u00e9e par le retour de l&rsquo;obscurantisme, de l&rsquo;ignorance, de la superstition et du repli sur soi face \u00e0 l&rsquo;offensive d&rsquo;une oligarchie pr\u00e9datrice plus arrogante que jamais, il est indispensable de renouer avec &#8211; que dis-je de red\u00e9couvrir &#8211; ce qui a fait que la France soit la France. Car ce qui a fait que ce pays devienne une R\u00e9publique bas\u00e9e sur des principes universels (voir la page Constitution ci-dessus), c&rsquo;est l&rsquo;attachement \u00e0 des valeurs dont l&rsquo;une des expressions les plus explicites a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;humanisme de la Renaissance tel qu&rsquo;un Fran\u00e7ois Rabelais (1483 ou 1494-1553) l&rsquo;a incarn\u00e9. Si l&rsquo;on voulait vraiment \u00eatre s\u00e9rieux sur la construction europ\u00e9enne dont on nous rebat tant les oreilles, il faudrait que l&rsquo;on inscrive au programme de toutes les \u00e9coles europ\u00e9ennes\u00a0 l&rsquo;\u00e9tude des g\u00e9ants humanistes de la Renaissance. Je parle ici des Thomas More, Erasme de Rotterdam et Fran\u00e7ois Rabelais ainsi que de leur pr\u00e9curseur Nicolas de Cuse. Il faudrait bien s\u00fbr y ajouter les g\u00e9nies de cette culture europ\u00e9enne que furent les L\u00e9onard de Vinci, Rembrandt, Goya, Cervantes, Bach, Mozart, Beethoven, Dante, Villon, Shakespeare, Pouchkine, pour ne citer que les plus accomplis.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, ces noms sont le plus souvent ignor\u00e9s des jeunes g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 qui l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re donner \u00e0 \u00e9tudier quelque \u00ab\u00a0succ\u00e8s\u00a0\u00bb de librairie et de TV ou autre, promue par divers lobbies mediatico\/culturels bien introduits aupr\u00e8s des d\u00e9cideurs.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi, ce No\u00ebl ne resterait que la f\u00eate commerciale qu&rsquo;il est devenue si l&rsquo;on n&rsquo;y amenait\u00a0 l&rsquo;intelligence, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, l&rsquo;humour et la profonde empathie de Fran\u00e7ois Rabelais envers ses \u00ab\u00a0fr\u00e8res humains\u00a0\u00bb, pour reprendre les termes du po\u00e8te Fran\u00e7ois Villon.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire de Rabelais (m\u00e9decin, pr\u00eatre, \u00e9crivain) fait souvent oublier qu&rsquo;il fut impliqu\u00e9 dans la vie politique de son temps en tant que prot\u00e9g\u00e9 du Cardinal du Bellay, qu&rsquo;il accompagna dans ses voyages en Italie, et de Marguerite de Navarre, la s\u0153ur de Fran\u00e7ois 1er.<br \/>\nGrand admirateur d&rsquo;\u00c9rasme, Rabelais utilise les contes merveilleux du g\u00e9ant Gargantua pour essayer\u00a0 de divulguer les id\u00e9es humanistes. Il joue \u00e9galement un r\u00f4le certain dans l'\u00a0\u00bb\u00e9ducation du Prince\u00a0\u00bb. Ses contes drolatiques sont aussi \u00e0 comprendre comme forme de \u00ab\u00a0manuel de bon et sage gouvernement\u00a0\u00bb pour Fran\u00e7ois 1er et, plus tard, Henri II. Et c&rsquo;est bien parce qu&rsquo;il voit se profiler l&rsquo;ombre de l&rsquo;inquisition qu&rsquo;il redouble ses coups contre les\u00a0 \u00ab\u00a0cafards\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0cagots\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0bigots\u00a0\u00bb et autres \u00ab\u00a0sorbonnagres\u00a0\u00bb de tous poils qui veulent entra\u00eener le pouvoir dans ce retour \u00e0 la culture oligarchique europ\u00e9enne qui s&rsquo;est toujours oppos\u00e9e au progr\u00e8s et \u00e0 l&rsquo;\u00e9mancipation des peuples.<\/p>\n<p>La lettre de Pantagruel \u00e0 son fils Gargantua sera donc mon cadeau de No\u00ebl aux lecteurs de ce blog. Elle est particuli\u00e8rement touchante et profonde en ce qu&rsquo;elle pose la question qui devrait \u00eatre au c\u0153ur de toute action politique : le futur, ceux qui viennent apr\u00e8s nous. Que faisons-nous pour eux et comment pr\u00e9parons-nous les g\u00e9n\u00e9rations futures \u00e0 prendre la responsabilit\u00e9 du monde ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Comment Pantagruel \u00e9tant \u00e0 Paris re\u00e7ut<\/strong><br \/>\n<strong> des lettres de son p\u00e8re Gargantua,<\/strong><br \/>\n<strong> et la copie de celles-ci<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(chapitre 8)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pantagruel \u00e9tudiait fort bien, vous comprenez pourquoi, et profitait de m\u00eame, car il avait de l&rsquo;entendement \u00e0 tour de bras et autant de m\u00e9moire que douze barriques et tonneaux d&rsquo;huile. Et pendant qu&rsquo;il demeurait en ces lieux, il re\u00e7ut un jour des lettres de son P\u00e8re de la mani\u00e8re suivante.<\/p>\n<p>\u00ab Tr\u00e8s cher fils, entre les dons, gr\u00e2ces et pr\u00e9rogatives dont le souverain Dieu formateur, tout puissant, a dou\u00e9 et orn\u00e9 l&rsquo;humaine nature \u00e0 son commencement, il y en a une qui me semble singuli\u00e8re et excellente, par laquelle elle peut en \u00e9tat mortel acqu\u00e9rir une esp\u00e8ce d&rsquo;immortalit\u00e9, et dans le cours d&rsquo;une vie \u00e9ph\u00e9m\u00e8re perp\u00e9tuer son nom et sa semence. C&rsquo;est ce qui est fait par la lign\u00e9e issue de nous en mariage l\u00e9gitime. Par cette lign\u00e9e nous n&rsquo;est aucunement instaur\u00e9 ce qui nous fut apport\u00e9 par le p\u00e9ch\u00e9 de nos premiers parents, dont il a \u00e9t\u00e9 dit, parce qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 ob\u00e9issants au commandement de Dieu le cr\u00e9ateur, qu&rsquo;ils mourraient et que par la mort serait r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant cette magnifique forme sous laquelle l&rsquo;homme avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9. Mais par ce moyen de propagation s\u00e9minale il reste dans les enfants ce qui \u00e9tait perdu dans les parents, et dans les petits-enfants ce qui p\u00e9rissait dans les enfants, et de m\u00eame successivement jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure du jugement final, quand J\u00e9sus-Christ aura rendu \u00e0 Dieu le p\u00e8re son Royaume pacifique hors de tout danger et contamination par le p\u00e9ch\u00e9, car alors toutes les g\u00e9n\u00e9rations et corruptions cesseront, et les \u00e9l\u00e9ments cesseront le cycle de leurs transformations continues, puisque la paix tant d\u00e9sir\u00e9e sera atteinte et accomplie, et que toutes les choses seront arriv\u00e9es \u00e0 leur point final. Ce n&rsquo;est donc pas sans juste et \u00e9quitable cause que je rends gr\u00e2ces \u00e0 Dieu mon conservateur de ce qu&rsquo;il m&rsquo;a permis de voir mon antiquit\u00e9 chenue refleurir en ta jeunesse car, quand par le plaisir de Lui qui tout commande et mod\u00e8re, mon \u00e2me laissera cette habitation humaine, je ne me croirai pas totalement en train de mourir, c&rsquo;est-\u00e0-dire de passer d&rsquo;un lieu \u00e0 un autre, vu que en toi et par toi je demeure visible sous tes traits dans ce monde, vivant, voyant et commer\u00e7ant avec des gens d&rsquo;honneur et mes amis comme je le d\u00e9sire. D&rsquo;ailleurs cette conservation qui a \u00e9t\u00e9 la mienne s&rsquo;est pass\u00e9e, moyennant l&rsquo;aide et la gr\u00e2ce divines, non sans p\u00e9ch\u00e9, je le confesse (car nous p\u00e9chons tous et nous avons continuellement besoin de Dieu pour qu&rsquo;il efface nos p\u00e9ch\u00e9s), mais sans reproches.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n\u00ab Pour cette raison, puisqu&rsquo;en toi demeure l&rsquo;image de mon corps, si pareillement ne brillaient pas les m\u0153urs de ton \u00e2me, l&rsquo;on ne te jugerait pas \u00eatre le gardien et le tr\u00e9sor de l&rsquo;immortalit\u00e9 de notre nom, et le plaisir que je prendrais en voyant cela serait r\u00e9duit, consid\u00e9rant que la partie de moi la moins importante demeurerait dans le corps, et que la meilleure qui est l&rsquo;\u00e2me, et par laquelle notre nom garde la b\u00e9n\u00e9diction des hommes, serait d\u00e9grad\u00e9e et ab\u00e2tardie. Je ne dis pas ceci par d\u00e9fiance que j&rsquo;ai de ta vertu (laquelle m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 prouv\u00e9e par le pass\u00e9) mais pour t&rsquo;encourager plus fort \u00e0 profiter bien et mieux. Et ce que pr\u00e9sentement je t&rsquo;\u00e9cris est surtout pour que tu vives de cette fa\u00e7on vertueuse, que tu te r\u00e9jouisses de vivre et d&rsquo;avoir v\u00e9cu ainsi, et que tu rafra\u00eechisses ton courage pour vivre de m\u00eame \u00e0 l&rsquo;avenir. Tu te rappelleras peut-\u00eatre que je n&rsquo;ai rien \u00e9vit\u00e9 pour atteindre le but d&rsquo;une telle vie : car c&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai v\u00e9cu en ce monde pour te voir une fois dans ma vie absolu et parfait, tant en vertu, honn\u00eatet\u00e9 et sagesse, qu&rsquo;en toute science lib\u00e9ral et honn\u00eate, et pour te laisser comme tel, apr\u00e8s ma mort, comme un miroir repr\u00e9sentant la personne de moi ton p\u00e8re, et pour te voir sinon aussi excellent et ressemblant par les faits, comme je te souhaite, du moins bien tel par ton d\u00e9sir. Mais encore que mon feu p\u00e8re ch\u00e9ri Grandgousier a d\u00e9ploy\u00e9 tous ses efforts \u00e0 ce que je profite en tout talent et savoir politique, et ce que mon labeur et mon \u00e9tude correspondent bien avec ou m\u00eame d\u00e9passent son d\u00e9sir, toutefois, comme tu peux bien le comprendre, les temps n&rsquo;\u00e9taient pas aussi opportuns ni commodes pour \u00e9tudier les lettres qu&rsquo;ils le sont \u00e0 pr\u00e9sent, et il n&rsquo;existait alors aucun pr\u00e9cepteur qui puisse ressembler \u00e0 ceux que tu as eus. Les temps \u00e9taient encore t\u00e9n\u00e9breux, ils sentaient l&rsquo;inf\u00e9licit\u00e9 et la calamit\u00e9 des Goths, qui avaient mis toute bonne litt\u00e9rature \u00e0 destruction. Mais par la bont\u00e9 divine, la lumi\u00e8re et la dignit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 mon \u00e9poque rendues aux lettres, et j&rsquo;y vois de tels changements qu&rsquo;il me serait aujourd&rsquo;hui difficile d&rsquo;\u00eatre re\u00e7u dans la premi\u00e8re classe des petits gamins, moi qui \u00e9tais r\u00e9put\u00e9 (non \u00e0 tort) comme le jeune homme le plus savant du si\u00e8cle.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n\u00ab Maintenant toutes les disciplines sont restitu\u00e9es, les langues instaur\u00e9es, le grec sans lequel il est honteux qu&rsquo;une personne se dise savante, l&rsquo;h\u00e9breu, le chald\u00e9en, le latin. Des impressions fort \u00e9l\u00e9gantes et correctes sont utilis\u00e9es partout, qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9t\u00e9 invent\u00e9es \u00e0 mon \u00e9poque par inspiration divine, comme inversement l&rsquo;artillerie l&rsquo;a \u00e9t\u00e9 par suggestion du diable. Tout le monde est plein de gens savants, de pr\u00e9cepteurs tr\u00e8s doctes, de librairies tr\u00e8s amples, tant et si bien que je crois que ni \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Platon, de Cic\u00e9ron ou de Papinien, il n&rsquo;y avait de telle commodit\u00e9 d&rsquo;\u00e9tude qu&rsquo;il s&rsquo;en rencontre aujourd&rsquo;hui, <span style=\"font-family: Verdana; font-size: small;\">et ne se faudra plus dor\u00e9navant trouver en place ni en compagnie, qui ne sera bien expolie en l&rsquo;officine de Minerve. Je vois les brigands, les bourreaux, les aventuriers, les palefreniers de maintenant, plus doctes que les docteurs et pr\u00eacheurs de mon temps. Que dirai-je? Les femmes et les filles ont aspir\u00e9 \u00e0 cette louange et manne c\u00e9leste de bonne doctrine. Tant y a qu&rsquo;en l&rsquo;\u00e2ge o\u00f9 je suis, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 contraint d&rsquo;apprendre les lettres grecques, lesquelles je n&rsquo;avais m\u00e9pris\u00e9es comme Caton, mais je n&rsquo;avais eu loisir de comprendre en mon jeune \u00e2ge; et volontiers me d\u00e9lecte \u00e0 lire les Moraux de Plutarque, les beaux Dialogues de Platon, les Monuments de Pausanias et Antiquit\u00e9s de Ath\u00e9neus, attendant l&rsquo;heure qu&rsquo;il plaira \u00e0 Dieu, mon Cr\u00e9ateur, m&rsquo;appeler et commander issir de cette terre.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n\u00ab Pour cette raison, mon fils, je te conjure d&#8217;employer ta jeunesse \u00e0 bien profiter dans tes \u00e9tudes et dans la vertu. Tu es \u00e0 Paris, tu as ton pr\u00e9cepteur Epist\u00e9mon qui, d&rsquo;une part par ses le\u00e7ons vivantes, d&rsquo;autre part par ses louables exemples, peut bien d&rsquo;\u00e9duquer. Je veux que tu apprennes les langues parfaitement. Premi\u00e8rement le grec, comme le veut Quintilien. Deuxi\u00e8mement le latin. Et puis l&rsquo;h\u00e9breu pour les lettres saintes, et le chald\u00e9en et l&rsquo;arabe pareillement. Qu&rsquo;il n&rsquo;y ait aucune histoire que tu n&rsquo;aies en m\u00e9moire, ce \u00e0 quoi t&rsquo;aidera la cosmographie de ceux qui en ont \u00e9crit. Des arts lib\u00e9raux, la g\u00e9om\u00e9trie, l&rsquo;arithm\u00e9tique et la musique, je t&rsquo;ai donn\u00e9 un avant-go\u00fbt quand tu \u00e9tais encore petit, \u00e2g\u00e9 de cinq \u00e0 six ans : poursuis le reste et deviens savant dans tous les domaines de l&rsquo;astronomie mais laisse-moi de c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;astrologie divinatrice, et l&rsquo;art de Lulle comme des exc\u00e8s et des inutilit\u00e9s. Du droit civil, je veux que tu saches par coeur tous les beaux textes, et que tu puisses en parler avec philosophie. Et quant \u00e0 la connaissance des faits de la nature, je veux que tu t&rsquo;y adonnes avec curiosit\u00e9, qu&rsquo;il n&rsquo;y ait ni mer, ni rivi\u00e8re, ni fontaine dont tu ne connaisses les poissons, tous les oiseaux de l&rsquo;air, tous les arbres, arbustes et fruits des for\u00eats, toutes les herbes de la terre, tous les m\u00e9taux cach\u00e9s dans le ventre des ab\u00eemes, les pierreries de tout l&rsquo;Orient et du midi. Que rien ne te soit inconnu.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n\u00ab Puis soigneusement revisite les livres des m\u00e9decins grecs, arabes et latins, sans m\u00e9priser les talmudiques et cabbalistes. Et par de fr\u00e9quentes anatomies acqui\u00e8re-toi une parfaite connaissance de cet autre monde qu&rsquo;est l&rsquo;homme. Et quelques heures par jour commence \u00e0 visiter les saintes lettres. Premi\u00e8rement en grec, le Nouveau Testament et les Ep\u00eetres des Ap\u00f4tres, et puis en h\u00e9breu l&rsquo;Ancien Testament. En somme, que je voie un ab\u00eeme de science : car avant de devenir un homme et d&rsquo;\u00eatre grand, il te faudra sortir de cette tranquillit\u00e9 et du repos de l&rsquo;\u00e9tude et apprendre la chevalerie et les armes pour d\u00e9fendre ma maison et secourir nos amis dans toutes leurs affaires contre les assauts des malfaisants. Et je veux que rapidement tu mettes en application ce dont tu as profit\u00e9, ce que tu ne pourras mieux faire qu&rsquo;en discutant publiquement avec tous et contre tous les gens de savoir en fr\u00e9quentant les gens lettr\u00e9s, qui sont tant \u00e0 Paris qu&rsquo;ailleurs.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n\u00ab Mais parce que selon le sage Salomon la sagesse n&rsquo;entre jamais dans les \u00e2mes mauvaises, et science sans conscience n&rsquo;est que ruine de l&rsquo;\u00e2me, il te faudra servir, aimer et craindre Dieu, et en Lui mettre toutes tes pens\u00e9es et tout ton espoir, et par foi form\u00e9e de charit\u00e9 \u00eatre joint \u00e0 Lui, si fort que jamais le p\u00e9ch\u00e9 ne t&rsquo;en s\u00e9pare. Prends garde des tromperies du monde, ne laisse pas la vanit\u00e9 entrer dans ton coeur car cette vie est passag\u00e8re, mais la parole de Dieu demeure \u00e9ternellement. Sois serviable envers tous tes prochains, et aime-les comme toi-m\u00eame. Respecte tes pr\u00e9cepteurs, fuis la compagnie des gens \u00e0 qui tu ne veux pas ressembler, et ne gaspille pas les gr\u00e2ces que Dieu t&rsquo;a donn\u00e9es. Et quand tu t&rsquo;apercevras que tu disposes de tout le savoir que tu peux acqu\u00e9rir l\u00e0-bas, reviens vers moi, afin que je te voie une derni\u00e8re fois et que je te donne ma b\u00e9n\u00e9diction avant de mourir. Mon fils, que la paix et la gr\u00e2ce de notre Seigneur soient avec toi. Amen.<\/p>\n<p>D&rsquo;Utopie, le dix-septi\u00e8me jour du mois de mars.<\/p>\n<p>Ton p\u00e8re, Gargantua. \u00bb<\/p>\n<p>Ayant re\u00e7u et lu ces lettres, Pantagruel prit de nouveau courage et fut enflamm\u00e9 \u00e0 profiter plus que jamais, de sorte que le voyant \u00e9tudier et profiter, on aurait dit que son esprit \u00e9tait parmi les livres comme le feu parmi les charbons, tant il l&rsquo;avait infatigable et avide.<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En cette veille de No\u00ebl 2012, alors que nous vivons une p\u00e9riode marqu\u00e9e par le retour de l&rsquo;obscurantisme, de l&rsquo;ignorance, de la superstition et du repli sur soi face \u00e0 l&rsquo;offensive d&rsquo;une oligarchie pr\u00e9datrice plus arrogante que jamais, il est indispensable de renouer avec &#8211; que dis-je de red\u00e9couvrir &#8211; ce qui a fait que [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[281],"tags":[255,254,257,256],"class_list":["post-1267","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-sea","tag-erasme-de-rotterdam","tag-francois-rabelais","tag-gargantua","tag-pantagruel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1267","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1267"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1267\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1391,"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1267\/revisions\/1391"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1267"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1267"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1267"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}