{"id":3464,"date":"2015-09-04T17:44:28","date_gmt":"2015-09-04T15:44:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.odilemojon.fr\/?p=3464"},"modified":"2015-09-04T18:19:40","modified_gmt":"2015-09-04T16:19:40","slug":"education-arretons-letrange-defaite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.odilemojon.com\/?p=3464","title":{"rendered":"Education\u00a0: arr\u00eatons l&rsquo;\u00e9trange d\u00e9faite"},"content":{"rendered":"<p>Quand, en 1944, Marc Bloch[1] tente de comprendre les origines de l\u2019humiliante d\u00e9faite que vient de subir la France, il constate\u00a0: \u00ab\u00a0Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de strat\u00e9gie, de pratique administrative ou, simplement, de r\u00e9sistance morale, notre effondrement a \u00e9t\u00e9 avant tout, chez nos dirigeants et (pourquoi ne pas avoir le courage de l&rsquo;avouer ?) dans toute une partie de notre peuple, une d\u00e9faite \u00e0 la fois de <strong>l&rsquo;intelligence et du caract\u00e8re<\/strong>. C&rsquo;est dire que, <strong>parmi ses causes profondes, les insuffisances de la formation que notre soci\u00e9t\u00e9 donnait \u00e0 ses jeunes ont figur\u00e9 au premier rang<\/strong>. \u00bb.<\/p>\n<p>Soixante-dix ans plus tard, alors que la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise est cette fois-ci confront\u00e9e \u00e0 une Berezina morale et intellectuelle qui menace ses fondements, il y a une imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de retrouver une \u00e9cole dont la raison d\u2019\u00eatre soit, pr\u00e9cis\u00e9ment, de former l\u2019intelligence et le caract\u00e8re.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3469\" aria-describedby=\"caption-attachment-3469\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/www.odilemojon.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Illetrisme_Altermonde.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3469 size-medium\" src=\"http:\/\/www.odilemojon.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Illetrisme_Altermonde-300x244.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"244\" srcset=\"https:\/\/www.odilemojon.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Illetrisme_Altermonde-300x244.jpg 300w, https:\/\/www.odilemojon.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Illetrisme_Altermonde-150x122.jpg 150w, https:\/\/www.odilemojon.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Illetrisme_Altermonde-400x326.jpg 400w, https:\/\/www.odilemojon.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Illetrisme_Altermonde.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-3469\" class=\"wp-caption-text\">Illetrisme par Jiho, dans Altermonde-sans-fronti\u00e8res<\/figcaption><\/figure>\n<p>En effet, l&rsquo;incapacit\u00e9 des 20\u00a0% d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves ne sachant pas lire couramment le fran\u00e7ais \u00e0 leur entr\u00e9e en sixi\u00e8me est un des \u00e9l\u00e9ments signant l&rsquo;acte d&rsquo;accusation contre ceux qui ont m\u00e9thodiquement organis\u00e9 la destruction de l&rsquo;\u00e9ducation au travers de r\u00e9formes dont celle de Mme Vallaud Belkacem n&rsquo;est que le dernier avatar. Bien s\u00fbr, des r\u00e9formes \u00e9taient n\u00e9cessaires, mais ce qui a justifi\u00e9 celles mises en place n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la question fondamentale et \u00e9minemment politique de savoir quel type d&rsquo;homme et de femme la France doit cr\u00e9er pour ne pas s&rsquo;effondrer de nouveau.<\/p>\n<p>La r\u00e9forme Jospin de 1989 a jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel pour d\u00e9tourner l&rsquo;\u00e9cole de sa mission premi\u00e8re. Sous le pr\u00e9texte d\u00e9magogique de \u00ab placer l&rsquo;enfant au c\u0153ur du syst\u00e8me \u00e9ducatif\u00a0\u00bb elle en chassait la formation de l&rsquo;esprit qui l&rsquo;occupait tant bien que mal jusque l\u00e0. Quant \u00e0 la transformation de l&rsquo;\u00e9cole en \u00ab\u00a0lieu de vie\u00a0\u00bb, elle\u00a0 d\u00e9pouillait les enseignants de leur r\u00f4le au profit d&rsquo;un p\u00e9dago-sociologisme dans la droite ligne de l&rsquo;ing\u00e9nierie sociale si bien mise en sc\u00e8ne par Aldous Huxley dans le \u00ab\u00a0Meilleur des mondes\u00a0\u00bb. Que cela ait \u00e9t\u00e9 voulu ou non, cette r\u00e9forme s&rsquo;av\u00e9ra tr\u00e8s coh\u00e9rente avec l&rsquo;entr\u00e9e en vigueur de la lib\u00e9ralisation des services suite \u00e0 l&rsquo;Accord de Marrakech de 1994, qui fit du syst\u00e8me scolaire (rebaptis\u00e9 \u2013 la diff\u00e9rence n&rsquo;est pas anodine \u2013 syst\u00e8me \u00e9ducatif) un service marchand ouvert \u00e0 la concurrence. Ceci\u00a0 n\u00e9cessitait, notamment, qu&rsquo;un processus par nature peu quantifiable et difficilement monnayable soit reconverti en un produit \u00e9changeable sur les march\u00e9s. La succession des r\u00e9formes n&rsquo;a eu d&rsquo;autres buts que d&rsquo;adapter l&rsquo;\u00e9cole, le lyc\u00e9e et l&rsquo;universit\u00e9 \u00e0 ce nouveau march\u00e9 enti\u00e8rement bas\u00e9 sur la concurrence.<\/p>\n<p>Ainsi, les int\u00e9r\u00eats marchands entraient finalement en phase avec les pr\u00e9occupations des parents, <!--more-->l\u00e9gitimement paniqu\u00e9s par le risque que leurs enfants ne trouvent \u00e0 se \u00ab\u00a0caser\u00a0\u00bb sur le march\u00e9 de l&#8217;emploi.<\/p>\n<p>A cet \u00e9gard, ce que nous dit Marc Bloch de son \u00e9poque r\u00e9sonne de mani\u00e8re troublante avec la n\u00f4tre\u00a0: ainsi, cette m\u00eame aversion des classes dirigeantes pour les choses de l\u2019esprit (que nous ne confondrons pas, bien s\u00fbr, avec ce fl\u00e9au si fran\u00e7ais qu\u2019est l\u2019abstraction acad\u00e9mique). Cons\u00e9quence toute naturelle, les r\u00e9formes de son \u00e9poque comme celles d\u2019aujourd\u2019hui portent le sceau de l\u2019utilitarisme le plus \u00e9troit : \u00ab\u00a0en beaucoup de mati\u00e8res, les \u00e9tudiants \u00e9trangers ont cess\u00e9 de venir chez nous, parce que nos universit\u00e9s ne leur offrent plus <strong>qu&rsquo;une pr\u00e9paration \u00e0 des examens professionnels, sans int\u00e9r\u00eat pour eux<\/strong>. D&rsquo;autre part, \u00e0 nos groupes dirigeants, <strong>trop t\u00f4t sp\u00e9cialis\u00e9s<\/strong>, nous ne donnons pas la culture g\u00e9n\u00e9rale \u00e9lev\u00e9e, faute de laquelle tout homme d&rsquo;action <strong>ne sera jamais qu&rsquo;un contrema\u00eetre<\/strong>. <strong>Nous formons des chefs d&rsquo;entreprise qui, bons techniciens, je veux le croire, sont sans connaissance r\u00e9elle des probl\u00e8mes humains ; des politiques qui ignorent le monde ; des administrateurs qui ont l&rsquo;horreur du neuf. \u00c0 aucun nous n&rsquo;apprenons le sens critique<\/strong> (\u2026) \u00bb.<\/p>\n<p>Et, plus loin\u00a0: \u00ab\u00a0Nous demandons que l&rsquo;\u00e9ducation scientifique, <strong>que nous souhaitons \u00e9tendue et profonde, laisse r\u00e9solument tomber ce qui n&rsquo;est que mati\u00e8re d&rsquo;apprentissage technique. L&rsquo;enseignement secondaire a pour objet de former des esprits ; non, par avance, des ing\u00e9nieurs, des chimistes ou des arpenteurs<\/strong>.\u00a0Ceux-l\u00e0 trouveront, plus tard et ailleurs, les \u00e9coles qu&rsquo;il leur faut.\u00bb<\/p>\n<p>Expression de cette pens\u00e9e utilitariste, les r\u00e9formes sont con\u00e7ues pour formater l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 la \u00ab\u00a0vie r\u00e9elle\u00a0\u00bb et au \u00ab\u00a0monde moderne\u00a0\u00bb\u00a0: celui des march\u00e9s. La refonte des math\u00e9matiques inscrite dans la r\u00e9forme des coll\u00e8ges pr\u00e9voit ainsi l&rsquo;\u00e9limination de nombreuses notions de g\u00e9om\u00e9trie, au pr\u00e9texte qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire que les math\u00e9matiques s&rsquo;adaptent aux technologies modernes, alors que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la g\u00e9om\u00e9trie se situe dans une dimension qui est celle du fonctionnement et du d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s de l&rsquo;esprit, une \u00e9vidence pour Marc Bloch\u00a0:\u00ab\u00a0Nous prions les math\u00e9maticiens de se souvenir que dans l&rsquo;enseignement secondaire, la g\u00e9om\u00e9trie par exemple, a sa place beaucoup moins comme accumulation de connaissances (dont un grand nombre, par la suite, deviendront inutiles au commun des \u00e9l\u00e8ves) <strong>que comme un merveilleux instrument \u00e0 aiguiser le raisonnement<\/strong>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Idem pour le latin\u00a0: \u00ab\u00a0Sous pr\u00e9judice, cela va de soi, des langues vivantes, le latin continuera d&rsquo;\u00eatre enseign\u00e9. Sa connaissance est indispensable \u00e0 toute discipline de caract\u00e8re historique. Elle ouvre l&rsquo;acc\u00e8s d&rsquo;une litt\u00e9rature dont les r\u00e9sonances sont loin d&rsquo;\u00eatre \u00e9teintes. Surtout, <strong>l&rsquo;apprentissage d&rsquo;une langue de caract\u00e8re synth\u00e9tique est, pour l&rsquo;intelligence, une gymnastique \u00e0 peu pr\u00e8s irrempla\u00e7able<\/strong>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Prenons donc le constat et l&rsquo;avertissement de Marc Bloch tr\u00e8s au s\u00e9rieux et rattrapons le temps perdu en donnant mission au syst\u00e8me scolaire de former l&rsquo;intelligence et le caract\u00e8re des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations. C&rsquo;est ce qui porte le beau mot d&rsquo;\u00e9mancipation, non comme libert\u00e9 sans rep\u00e8res, mais comme \u00e9veil \u00e0 la d\u00e9couverte, \u00e0 arpenter l&rsquo;inconnu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>\u00a0Cet article a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans Nouvelle Solidarit\u00e9 n\u00b011 du 5 juin 2015<\/em><\/p>\n<p>[1]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Marc Bloch (1886-1944), historien, universitaire. Le texte auquel il est fait r\u00e9f\u00e9rence ici est une note\u00a0 r\u00e9dig\u00e9e pour les Cahiers politiques (1944) \u00ab\u00a0Sur la r\u00e9forme de l&rsquo;enseignement\u00a0\u00bb (voir ci-dessous).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<h3><span style=\"color: #800000;\">Sur la r\u00e9forme de l&rsquo;enseignement<\/span><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Tout malheur national appelle, d&rsquo;abord, un examen de conscience ; puis (car l&rsquo;examen de conscience n&rsquo;est qu&rsquo;une d\u00e9lectation morose, s&rsquo;il n&rsquo;aboutit \u00e0 un effort vers le mieux) l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un plan de r\u00e9novation. Quand, apr\u00e8s la victoire prochaine, nous nous retrouverons entre Fran\u00e7ais, sur une terre rendue \u00e0 la libert\u00e9, le grand devoir sera de refaire une France neuve.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3465\" aria-describedby=\"caption-attachment-3465\" style=\"width: 192px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.odilemojon.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/MarcBloch.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3465 size-full\" src=\"http:\/\/www.odilemojon.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/MarcBloch.jpg\" alt=\"MarcBloch\" width=\"192\" height=\"262\" srcset=\"https:\/\/www.odilemojon.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/MarcBloch.jpg 192w, https:\/\/www.odilemojon.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/MarcBloch-109x150.jpg 109w\" sizes=\"auto, (max-width: 192px) 100vw, 192px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-3465\" class=\"wp-caption-text\">Marc Bloch<\/figcaption><\/figure>\n<p>Or, de tant de reconstructions indispensables, celle de notre syst\u00e8me p\u00e9dagogique ne sera pas la moins urgente. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de strat\u00e9gie, de pratique administrative ou, simplement, de r\u00e9sistance morale, notre effondrement a \u00e9t\u00e9 avant tout, chez nos dirigeants et (pourquoi ne pas voir le courage de l&rsquo;avouer ?) dans toute une partie de notre peuple, une d\u00e9faite \u00e0 la fois de l&rsquo;intelligence et du caract\u00e8re. C&rsquo;est dire que, <strong>parmi ses causes profondes, les insuffisances de la formation que notre soci\u00e9t\u00e9 donnait \u00e0 ses jeunes ont figur\u00e9 au premier rang<\/strong>.<\/p>\n<p>Pour redresser ces vices, une r\u00e9forme timide serait vaine. On ne refait pas \u00e0 un pays son \u00e9ducation en rapetassant de vieilles routines. C&rsquo;est une r\u00e9volution qui s&rsquo;impose. Ne nous laissons pas troubler par le discr\u00e9dit qu&rsquo;un r\u00e9gime odieux r\u00e9ussirait, si l&rsquo;on n&rsquo;y prenait garde, \u00e0 jeter sur ce mot, qu&rsquo;il a choisi pour camouflage. En mati\u00e8re d&rsquo;enseignement, comme partout, la pr\u00e9tendue r\u00e9volution nationale a perp\u00e9tuellement oscill\u00e9 entre le retour aux routines les plus d\u00e9su\u00e8tes et l&rsquo;imitation servile de syst\u00e8mes \u00e9trangers au g\u00e9nie de notre peuple. La r\u00e9volution que nous voulons saura rester fid\u00e8le aux plus authentiques traditions de notre civilisation. Et elle sera une r\u00e9volution, parce qu&rsquo;elle fera du neuf.<\/p>\n<p>Ne nous y trompons pas, la t\u00e2che sera rude. Elle n&rsquo;ira pas sans d\u00e9chirements. Il sera toujours difficile de persuader des ma\u00eetres que les m\u00e9thodes qu&rsquo;ils ont longuement et consciencieusement pratiqu\u00e9es n&rsquo;\u00e9taient peut-\u00eatre pas les meilleures ; \u00e0 des hommes m\u00fbrs, que leurs enfants gagneront \u00e0 \u00eatre \u00e9lev\u00e9s autrement qu&rsquo;eux-m\u00eames ne l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 ; aux anciens \u00e9l\u00e8ves de grandes \u00c9coles, que ces \u00e9tablissements par\u00e9s de tous les prestiges du souvenir et de la camaraderie doivent \u00eatre supprim\u00e9s. L\u00e0, comme ailleurs, cependant, l&rsquo;avenir, n&rsquo;en doutons pas, appartiendra aux hardis ; et pour tous les hommes qui ont charge de l&rsquo;enseignement, le pire danger r\u00e9siderait dans une molle complaisance envers les institutions dont ils se sont fait peu \u00e0 peu une commode demeure.<\/p>\n<p>De cette r\u00e9volution n\u00e9cessaire, on ne saurait pr\u00e9tendre discuter, en quelques pages, le programme. Le trac\u00e9 pr\u00e9cis viendra, s&rsquo;il y a lieu, plus tard et par collaboration. On se bornera pour l&rsquo;instant \u00e0 quelques principes directeurs.<\/p>\n<p>Une condition pr\u00e9liminaire s&rsquo;impose : \u00e0 ce point imp\u00e9rieuse que, si elle manque \u00e0 \u00eatre remplie, rien de s\u00e9rieux ne se fera. Il importe que, pour l&rsquo;\u00e9ducation de ses jeunes, comme pour le d\u00e9veloppement permanent de la culture dans l&rsquo;ensemble de ses citoyens, la France de demain sache d\u00e9penser incomparablement plus qu&rsquo;elle ne s&rsquo;y est r\u00e9sign\u00e9e jusqu&rsquo;ici.<\/p>\n<p>Deux \u00e9pisodes ont, \u00e0 cet \u00e9gard, brutalement caract\u00e9ris\u00e9, avant-guerre, l&rsquo;attitude des \u00e9l\u00e9ments m\u00eames que la d\u00e9faite devait hisser au pouvoir et que la victoire en pr\u00e9cipitera bient\u00f4t. Lorsque, ministre de la \u00a0\u00bb prosp\u00e9rit\u00e9 \u00ab\u00a0, Andr\u00e9 Tardieu \u00e9tablit un vaste plan d&rsquo; \u00a0\u00bb outillage national \u00ab\u00a0, <strong>il commen\u00e7a par proscrire purement et simplement, de cet \u00e9quipement d&rsquo;une France heureuse, tout armement scientifique<\/strong> (plus tard, si je ne me trompe, un repentir de la derni\u00e8re heure fit inscrire au budget quelques cr\u00e9dits pour les laboratoires ; car, apr\u00e8s tout, la Schwerindustrie ne peut ignorer absolument que les techniciens servent \u00e0 quelque chose ; <strong>les biblioth\u00e8ques par contre continu\u00e8rent d&rsquo;\u00eatre oubli\u00e9es ; des \u00a0\u00bb r\u00e9alistes \u00a0\u00bb ont-ils \u00e0 se soucier des livres<\/strong> ? et surtout quel besoin les Fran\u00e7ais trop pauvres pour acheter eux-m\u00eames des livres auraient-ils de lire ?).<\/p>\n<p>Lorsque, ministre de la grande p\u00e9nitence, Pierre Laval, d\u00e9sireux, avant tout, d&rsquo;atteindre, par ricochet, les salaires, eu d\u00e9cid\u00e9 de pratiquer dans les d\u00e9penses de la R\u00e9publique quelques coupes sombres, on vit,<strong> seul entre tous les gouvernements civilis\u00e9s<\/strong>, le gouvernement fran\u00e7ais \u00e9tendre cette \u00e9pargne aux \u0153uvres de l&rsquo;intelligence. <strong>\u00a0\u00bb Ce qui nous a toujours frapp\u00e9s chez vos gouvernants, me disait nagu\u00e8re un ami norv\u00e9gien, c&rsquo;est le peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;ils portent aux choses de l&rsquo;esprit. \u00ab\u00a0<\/strong> Le mot \u00e9tait dur. On voudrait qu&rsquo;il cess\u00e2t, \u00e0 jamais, d&rsquo;\u00eatre m\u00e9rit\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Il nous faudrait donc des ressources nouvelles. Pour nos laboratoires. Pour nos biblioth\u00e8ques peut-\u00eatre plus encore, car elles ont \u00e9t\u00e9, jusqu&rsquo;ici, les grandes victimes (biblioth\u00e8ques savantes ; biblioth\u00e8ques dites populaires aussi, dont le mis\u00e9rable \u00e9tat, compar\u00e9 \u00e0 ce que nous offrent l&rsquo;Angleterre, l&rsquo;Am\u00e9rique, l&rsquo;Allemagne m\u00eame, est une des pires hontes de notre pays. Qui a pu sans m\u00e9lancolie feuilleter le catalogue d&rsquo;une biblioth\u00e8que d&rsquo;une grande ville, pour ne pas parler des petites et y mesurer l&rsquo;amenuisement progressif des achats, la d\u00e9cadence de la culture depuis une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es ? La bourgeoisie dite \u00e9clair\u00e9e ne lit plus gu\u00e8re ; et ceux qui, issus de milieux moins ais\u00e9s ne demanderaient qu&rsquo;\u00e0 lire, les livres ne viennent pas les solliciter). Pour nos entreprises de recherches. Pour nos universit\u00e9s, nos lyc\u00e9es et nos \u00e9coles, o\u00f9 il convient que p\u00e9n\u00e8trent l&rsquo;hygi\u00e8ne et la joie, la jeunesse a le droit de ne plus \u00eatre confin\u00e9e entre des murs l\u00e9preux, dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de sordides in pace. Il nous en faudra aussi, disons-le sans fausse honte, pour assurer \u00e0 nos ma\u00eetres de tous les degr\u00e9s une existence non pas luxueuse certes (ce n&rsquo;est pas une France de luxe que nous r\u00eavons), mais suffisamment d\u00e9gag\u00e9e des menues angoisses mat\u00e9rielles, suffisamment prot\u00e9g\u00e9e contre la n\u00e9cessit\u00e9 de gagne-pain accessoires pour que ces hommes puissent apporter \u00e0 leurs t\u00e2ches d&rsquo;enseignement ou d&rsquo;enqu\u00eate scientifique une \u00e2me enti\u00e8rement libre et un esprit qui n&rsquo;aura pas cess\u00e9 de se rafra\u00eechir aux sources vives de l&rsquo;art ou de la science.<\/p>\n<p>Mais ces indispensables sacrifices seraient vains s&rsquo;ils ne s&rsquo;adressaient \u00e0 un enseignement tout rajeuni.<\/p>\n<p>Un mot, un affreux mot, r\u00e9sume une des tares les plus pernicieuses de notre syst\u00e8me actuel : celui de bachotage. C&rsquo;est certainement dans l&rsquo;enseignement primaire que le poison a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 le moins avant : sans l&rsquo;avoir, je le crains, tout \u00e0 fait \u00e9pargn\u00e9. L&rsquo;enseignement secondaire, celui des universit\u00e9s et les grandes \u00e9coles en sont tout infect\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb Bachotage. \u00a0\u00bb Autrement dit : hantise de l&rsquo;examen et du classement. Pis encore : ce qui devait \u00eatre simplement un r\u00e9actif, destin\u00e9 \u00e0 \u00e9prouver la valeur de l&rsquo;\u00e9ducation, devient une fin en soi, vers laquelle s&rsquo;oriente, dor\u00e9navant, l&rsquo;\u00e9ducation tout enti\u00e8re. On n&rsquo;invite plus les enfants ou les \u00e9tudiants \u00e0 acqu\u00e9rir les connaissances dont l&rsquo;examen permettra, tant bien que mal, d&rsquo;appr\u00e9cier la solidit\u00e9. C&rsquo;est \u00e0 se pr\u00e9parer \u00e0 l&rsquo;examen qu&rsquo;on les convie. Ainsi un chien savant n&rsquo;est pas un chien qui sait beaucoup de choses, mais qui a \u00e9t\u00e9 dress\u00e9 \u00e0 donner, par quelques exercices choisis d&rsquo;avance, l&rsquo;illusion du savoir. \u00a0\u00bb Vous serez certainement agr\u00e9g\u00e9 l&rsquo;ann\u00e9e prochaine, disait na\u00efvement un juge d&rsquo;agr\u00e9gation \u00e0 un de mes \u00e9tudiants, cette ann\u00e9e, vous n&rsquo;\u00eates pas encore suffisamment form\u00e9 au concours. \u00a0\u00bb Durant les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, le mal a fait d&rsquo;\u00e9pouvantables ravages. Nos \u00e9tudiants de licence tr\u00e9buchent d\u00e9sormais de certificat en certificat. Depuis la r\u00e9volution nationale, on n&rsquo;entre plus au barreau sans un examen suppl\u00e9mentaire. Des lyc\u00e9es ont organis\u00e9, interrompant pour cela la suite r\u00e9guli\u00e8re des \u00e9tudes, un \u00a0\u00bb pr\u00e9-baccalaur\u00e9at \u00ab\u00a0. Dans les librairies m\u00e9dicales de Paris, se vendent, toutes faites, les questions d&rsquo;internat, qu&rsquo;il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 apprendre par c\u0153ur. Certaines institutions priv\u00e9es ont d\u00e9coup\u00e9 les programmes sujet par sujet et se vantent d&rsquo;un sectionnement si juste que la plupart de leurs candidats ne tombent jamais que sur des questions ainsi trait\u00e9es et corrig\u00e9es. Du haut en bas de l&rsquo;\u00e9chelle, l&rsquo;attraction des examens futurs exerce son effet. Au grand d\u00e9triment de leur instruction, parfois de leur sant\u00e9, d&rsquo;innombrables enfants suivent trop jeunes des classes con\u00e7ues originairement pour de plus vieux, parce qu&rsquo;il faut \u00e9viter \u00e0 tout prix le retard \u00e9ventuel qui les am\u00e8nerait plus tard \u00e0 se heurter aux limites d&rsquo;\u00e2ge de telle ou telle grande \u00e9cole. \u00a0\u00bb Tous nos programmes scientifiques d&rsquo;enseignement secondaire, me disait un physicien, sont con\u00e7us en vue de celui de Polytechnique. \u00a0\u00bb Et, dans les lyc\u00e9es ou coll\u00e8ges, les perp\u00e9tuelles compositions entretiennent moins encore l&rsquo;\u00e9mulation, d&rsquo;ailleurs mal comprise, que l&rsquo;aptitude au travail h\u00e2tif, dont on verra plus tard nos mis\u00e9rables adolescents subir les affres, en pleine canicule, dans des salles surchauff\u00e9es.<\/p>\n<p>Je ne pense pas qu&rsquo;il soit n\u00e9cessaire d&rsquo;insister sur les inconv\u00e9nients intellectuels d&rsquo;une pareille manie examinatoire. Mais ses cons\u00e9quences morales, les a-t-on toujours assez clairement vues : la crainte de toute initiative, chez les ma\u00eetres comme chez les \u00e9l\u00e8ves ; la n\u00e9gation de toute libre curiosit\u00e9 ; le culte du succ\u00e8s substitu\u00e9 au go\u00fbt de la connaissance ; une sorte de tremblement perp\u00e9tuel et de hargne, l\u00e0 o\u00f9 devrait au contraire r\u00e9gner la libre joie d&rsquo;entreprendre ; la foi dans la chance (car ces examens, quelle que puisse \u00eatre la conscience des examinateurs, demeurent, par nature, hasardeux : qu&rsquo;on veuille bien se souvenir de la curieuse et terrible enqu\u00eate de Pi\u00e9ron et Laugier, si savamment \u00e9touff\u00e9e par les chefs de l&rsquo;Universit\u00e9 : d&rsquo;un correcteur \u00e0 l&rsquo;autre, d&rsquo;un jour \u00e0 l&rsquo;autre, elle a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des plus inqui\u00e9tantes variations dans les notes) ; enfin, mal encore infiniment plus grave, la foi dans la fraude ? Car on \u00a0\u00bb copie \u00a0\u00bb dans nos classes, au jour des compositions, on copie dans nos salles d&rsquo;examen, on copie beaucoup plus fr\u00e9quemment et avec beaucoup plus de succ\u00e8s que les autorit\u00e9s ne veulent officiellement l&rsquo;avouer. Certes, je le sais, il subsiste, Dieu merci ! des \u00e2mes probes. Je consens m\u00eame qu&rsquo;elles soient nombreuses. Elles y ont du m\u00e9rite. \u00a0\u00bb Faut-il que tu aies bien copi\u00e9 \u00a0\u00bb : ainsi un \u00e9l\u00e8ve de ma connaissance, qui venait d&rsquo;\u00eatre premier et l&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 honn\u00eatement s&rsquo;entendait interpeller, sur un ton d&rsquo;atroce admiration, par un de ses camarades. Est-ce dans cette atmosph\u00e8re qu&rsquo;on forme une jeunesse ?<\/p>\n<p>J&rsquo;ai dit que je ne pouvais pr\u00e9senter ici un programme d\u00e9taill\u00e9 de r\u00e9forme. Il sera d\u00e9licat \u00e0 \u00e9tablir. Certaines condamnations \u00e0 mort s&rsquo;imposent. Qui croit encore au baccalaur\u00e9at, \u00e0 la valeur de choix, \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 intellectuelle de cette al\u00e9atoire forcerie ? Bien entendu, divers proc\u00e9d\u00e9s de s\u00e9lection demeureront, cependant, n\u00e9cessaires ; mais plus rationnellement con\u00e7us et en nombre d\u00e9sormais suffisamment restreint pour que la vie de l&rsquo;\u00e9colier ou de l&rsquo;\u00e9tudiant cesse d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9e dans une obs\u00e9dante r\u00e9p\u00e9tition d&rsquo;\u00e9preuves. je me contenterai, pour l&rsquo;instant, d&rsquo;une suggestion tr\u00e8s simple de d&rsquo;application d\u00e8s l&rsquo;abord ais\u00e9e.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai, comme tous mes coll\u00e8gues, corrig\u00e9 des copies, interrog\u00e9 des candidats. Comme tous, je me reconnais sujet \u00e0 l&rsquo;erreur. M&rsquo;arrive-t-il cependant de confondre une tr\u00e8s bonne \u00e9preuve avec une tr\u00e8s mauvaise, ou m\u00eame avec une \u00e9preuve moyenne ? Assez rarement, je pense. Mais, lorsque je vois un examinateur d\u00e9cider que telle ou telle copie d&rsquo;histoire par exemple ou de philosophie ou m\u00eame de math\u00e9matiques, cot\u00e9e sur 20 vaut 13 1\/4 et telle autre 13 1\/2, je ne puis en toute d\u00e9f\u00e9rence m&#8217;emp\u00eacher de crier \u00e0 la mauvaise plaisanterie. De quelle balance de pr\u00e9cision l&rsquo;homme dispose-t-il donc qu&rsquo;il lui permette de mesurer avec une approximation de 1,2% la valeur d&rsquo;un expos\u00e9 historique ou d&rsquo;une discussion math\u00e9matique ? Nous demandons instamment que &#8211; selon l&rsquo;exemple de plusieurs pays \u00e9trangers &#8211; l&rsquo;\u00e9chelle des notes soit uniform\u00e9ment et imp\u00e9rieusement ramen\u00e9e \u00e0 cinq grandes cat\u00e9gories : 1 ou \u00a0\u00bb tr\u00e8s mauvais \u00ab\u00a0, 2 ou \u00a0\u00bb mauvais \u00ab\u00a0, 3 qui sera \u00a0\u00bb passable \u00ab\u00a0, 4 qui voudra dire \u00a0\u00bb bien \u00ab\u00a0, 5 qui voudra dire \u00a0\u00bb tr\u00e8s bien \u00a0\u00bb (non \u00a0\u00bb parfait \u00ab\u00a0, qu&rsquo;interdit l&rsquo;infirmit\u00e9 humaine). Cela du moins partout o\u00f9 les ex \u00e6quo sont sans inconv\u00e9nients. Il faudra faire \u00e9tudier \u00e0 un math\u00e9maticien le probl\u00e8me des concours \u00e0 places limit\u00e9es. Mais l\u00e0 encore, il doit \u00eatre possible de se garder de raffinements trop pouss\u00e9s, dont l&rsquo;absurdit\u00e9 ne nous \u00e9chappe que par suite d&rsquo;une trop longue accoutumance. Tout vaut mieux qu&rsquo;une sottise, qui se prolonge en injustice.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;abus des examens n&rsquo;est peut-\u00eatre, \u00e0 son tour, qu&rsquo;un des signes de d\u00e9formations plus profondes. L\u00e0 encore, je parlerai peu de l&rsquo;\u00e9cole primaire. Autant que je la connaisse &#8211; car j&rsquo;ai avec elle, je l&rsquo;avoue, moins de familiarit\u00e9 qu&rsquo;avec le Lyc\u00e9e et l&rsquo;Universit\u00e9 &#8211; elle n&rsquo;est pas sans d\u00e9fauts. Elle me para\u00eet, cependant, beaucoup moins mal adapt\u00e9e \u00e0 ses fins que ne le sont, pour leur part, les \u00e9tablissements des deux autres degr\u00e9s. Les erreurs des enseignements secondaire et sup\u00e9rieur sont patentes. Elles peuvent s&rsquo;exprimer bri\u00e8vement comme il suit.<\/p>\n<p>L&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur a \u00e9t\u00e9 d\u00e9vor\u00e9 <strong>par les \u00e9coles sp\u00e9ciales, du type napol\u00e9onien<\/strong>. Les Facult\u00e9s m\u00eame ne m\u00e9ritent gu\u00e8re d&rsquo;autre nom que celui-l\u00e0. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une Facult\u00e9 des Lettres, sinon, avant tout, une usine \u00e0 fabriquer des professeurs, comme Polytechnique une usine \u00e0 fabriquer des ing\u00e9nieurs ou des artilleurs ? D&rsquo;o\u00f9 deux r\u00e9sultats \u00e9galement d\u00e9plorables. Le premier est que nous pr\u00e9parons mal \u00e0 la recherche scientifique ; que, par suite, cette recherche chez nous p\u00e9riclite. Interrogez \u00e0 ce sujet un m\u00e9decin, par exemple, ou un historien ; s&rsquo;ils sont sinc\u00e8res leurs r\u00e9ponses ne diff\u00e9reront gu\u00e8re. Par l\u00e0, soit dit en passant, notre rayonnement international a \u00e9t\u00e9 gravement atteint : en beaucoup de mati\u00e8res, les \u00e9tudiants \u00e9trangers ont cess\u00e9 de venir chez nous, parce que nos universit\u00e9s ne leur offrent plus <strong>qu&rsquo;une pr\u00e9paration \u00e0 des examens professionnels, sans int\u00e9r\u00eat pour eux<\/strong>. D&rsquo;autre part, \u00e0 nos groupes dirigeants, <strong>trop t\u00f4t sp\u00e9cialis\u00e9s<\/strong>, nous ne donnons pas la culture g\u00e9n\u00e9rale \u00e9lev\u00e9e, faute de laquelle <strong>tout homme d&rsquo;action ne sera jamais qu&rsquo;un contrema\u00eetre<\/strong>. <strong>Nous formons des chefs d&rsquo;entreprise qui, bons techniciens, je veux le croire, sont sans connaissance r\u00e9elle des probl\u00e8mes humains ; des politiques qui ignorent le monde ; des administrateurs qui ont l&rsquo;horreur du neuf. \u00c0 aucun nous n&rsquo;apprenons le sens critique<\/strong>, auquel seuls (car ici se rejoignent les deux cons\u00e9quences \u00e0 l&rsquo;instant signal\u00e9es) le spectacle et l&rsquo;usage de la libre recherche pourraient dresser les cerveaux. Enfin, nous cr\u00e9ons, volontairement, de petites soci\u00e9t\u00e9s ferm\u00e9es o\u00f9 se d\u00e9veloppe l&rsquo;esprit de corps, qui ne favorise ni la largeur d&rsquo;esprit ni l&rsquo;esprit du citoyen.<\/p>\n<p>Le rem\u00e8de ? Une fois de plus, il faut, dans ce premier sch\u00e9ma, renoncer au d\u00e9tail. Disons seulement, en deux mots, que nous demandons la reconstitution de vraies universit\u00e9s, divis\u00e9es d\u00e9sormais, non en rigides facult\u00e9s qui se prennent pour des patries, mais en souples groupements de disciplines ; puis, concurremment avec cette grande r\u00e9forme, l&rsquo;abolition des \u00e9coles sp\u00e9ciales. \u00c0 leur place, quelques instituts d&rsquo;application technique permettant la pr\u00e9paration derni\u00e8re \u00e0 certaines carri\u00e8res : apr\u00e8s, toutefois, un passage obligatoire dans les universit\u00e9s. Pour achever la formation particuli\u00e8re d&rsquo;une certaine cat\u00e9gorie d&rsquo;ing\u00e9nieurs, l&rsquo;\u00c9cole des ponts et chauss\u00e9es, par exemple, est indispensable ; affaire d&rsquo;Universit\u00e9, la pr\u00e9paration scientifique g\u00e9n\u00e9rale n&rsquo;a pas de raison d&rsquo;\u00eatre donn\u00e9e dans une \u00e9cole entre cloisons \u00e9tanches, comme Polytechnique.<\/p>\n<p>Aussi bien deux exemples, qu&rsquo;on empruntera impartialement \u00e0 nos deux moments oppos\u00e9s de notre histoire politique, feront sans doute saisir, mieux que de longs discours, la routine avec laquelle on voudrait rompre et l&rsquo;orientation nouvelle qu&rsquo;on voudrait adopter.<\/p>\n<p>Nous avons vu nagu\u00e8re le Front Populaire se proposer de briser le quasi-monopole des Sciences politiques, comme p\u00e9pini\u00e8re de notre haute administration. Politiquement, l&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait saine. Un r\u00e9gime a toujours le droit de ne pas recruter ses serviteurs dans un milieu, dont les traditions<strong> lui sont presque unanimement hostiles<\/strong>. Mais qu&rsquo;imagin\u00e8rent alors les hommes au gouvernement ? Ils auraient pu songer \u00e0 instituer un grand concours d&rsquo;administration civile, analogue \u00e0 l&rsquo;admirable concours du Civil Service britannique : <strong>comme lui, fond\u00e9 avant tout sur des \u00e9preuves de culture g\u00e9n\u00e9rale et laissant, gr\u00e2ce \u00e0 un libre jeu d&rsquo;options, une grande part aux curiosit\u00e9s individuelles ; comme lui, enfin, pr\u00e9par\u00e9 dans des universit\u00e9s d&rsquo;esprit \u00e9largi<\/strong>. Ils pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent tracer le plan d&rsquo;une nouvelle \u00e9cole sp\u00e9ciale : une autre \u00c9cole des Sciences politiques, encore un peu mieux close que sa rivale\u2026<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime de Vichy a supprim\u00e9 les \u00c9coles normales. Mesure principalement politique, sans aucun doute. Nul ne saurait se laisser tromper par les absurdes griefs qui lui servirent de masque. Aux instituteurs, les \u00c9coles normales donnaient, elles leur donneront sans doute de nouveau, une instruction g\u00e9n\u00e9rale et une formation technique \u00e9galement solides. On accordera, cependant, qu&rsquo;au sortir de ces \u00e9tablissements, forc\u00e9ment un peu repli\u00e9s sur eux-m\u00eames et de programme n\u00e9cessairement rigide, il ne serait sans doute pas, pour de jeunes esprits, inutile de prendre contact avec des milieux \u00e9tudiants plus vari\u00e9s, de m\u00eame qu&rsquo;avec des formes d&rsquo;enseignement plus critiques et plus souples. Remplacer l&rsquo;\u00c9cole normale par un passage dans des lyc\u00e9es, comme l&rsquo;a voulu Vichy, est un non-sens. Les futurs ma\u00eetres y apprennent moins bien ce qu&rsquo;on leur enseignait mieux dans l&rsquo;ancienne \u00c9cole. Mais je les verrai volontiers, pour ma part, une fois les \u00c9coles normales r\u00e9tablies, achever leur cycle d&rsquo;\u00e9tudes par un an de travail tr\u00e8s libre dans les universit\u00e9s.<\/p>\n<p>Depuis quelques d\u00e9cades, l&rsquo;enseignement secondaire est en perp\u00e9tuel remaniement. Sans doute, les grotesques incoh\u00e9rences des trois derni\u00e8res ann\u00e9es ne d\u00e9noncent-elles rien d&rsquo;autre que l&rsquo;incapacit\u00e9 fonci\u00e8re du r\u00e9gime \u00e0 rien cr\u00e9er ni coordonner. Mais le d\u00e9s\u00e9quilibre est plus ancien. Il r\u00e9pond \u00e0 des causes profondes. L&rsquo;ancien syst\u00e8me humaniste a v\u00e9cu. Il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9. D&rsquo;o\u00f9 un malaise aigu, qui se traduit de bien des fa\u00e7ons. Il y a toujours eu de mauvais \u00e9l\u00e8ves qui devenaient, plus tard, des hommes instruits et cultiv\u00e9s. Je ne crois pas me tromper en disant que le cas a, de nos jours, tout \u00e0 fait cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre exceptionnel. Alors qu&rsquo;inversement, beaucoup de pr\u00e9tendus bons \u00e9l\u00e8ves n&rsquo;ouvriront plus jamais un livre. \u00c0 la v\u00e9rit\u00e9, en ont-ils jamais ouvert, durant leurs classes, d&rsquo;autres que leurs \u00a0\u00bb morceaux choisis \u00a0\u00bb ? Aussi bien, la d\u00e9saffection qui enveloppe l&rsquo;enseignement chez les jeunes n&rsquo;est pas niable. Je suis un assez vieil homme pour m&rsquo;en souvenir : <strong>il y a une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es, on allait au lyc\u00e9e avec plus de plaisir ; on le quittait avec moins de joie<\/strong>. Le succ\u00e8s du mouvement \u00a0\u00bb \u00e9claireur \u00a0\u00bb s&rsquo;explique par bien des raisons. Dans le nombre, figure, soyons-en s\u00fbr, au premier rang, <strong>l&rsquo;\u00e9chec de l&rsquo;\u00e9ducation officielle<\/strong>. Au milieu de sa meute ou de sa patrouille, l&rsquo;enfant trouve ce que lui apporte de moins en moins le lyc\u00e9e ou le coll\u00e8ge : <strong>meilleur esprit d&rsquo;\u00e9quipe, des chefs plus pr\u00e8s de lui, des \u00a0\u00bb Centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00a0\u00bb mieux faits pour s\u00e9duire et fixer la spontan\u00e9it\u00e9 d&rsquo;une fra\u00eeche intelligence<\/strong>.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que de d\u00e9velopper ces critiques, il vaudra mieux, sans doute, indiquer sommairement ce que nous souhaitons.<\/p>\n<p>Nous demandons un enseignement secondaire tr\u00e8s largement ouvert. Son r\u00f4le est de former des \u00e9lites, sans acception d&rsquo;origine ou de fortune. Du moment donc qu&rsquo;il doit cesser d&rsquo;\u00eatre (ou de redevenir) un enseignement de classe, une s\u00e9lection s&rsquo;imposera. un examen d&rsquo;entr\u00e9e demeurera probablement n\u00e9cessaire ; il le faudra tr\u00e8s simple et adapt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;enfance : un test d&rsquo;intelligence plut\u00f4t qu&rsquo;une \u00e9preuve de connaissances\u2026 ou de perroquetage. Des examens de passage subsisteront. Mais non d&rsquo;ann\u00e9e en ann\u00e9e. C&rsquo;est m\u00e9conna\u00eetre toute la psychologie de la croissance &#8211; disons mieux c&rsquo;est nier la physiologie &#8211; que de pr\u00e9tendre juger un enfant ou un adolescent sur le travail d&rsquo;une dizaine de mois. Quels mois, parfois, dans son d\u00e9veloppement !<\/p>\n<p>Nous demandons une discipline plus accueillante, dans des classes moins nombreuses ; une discipline exerc\u00e9e par des ma\u00eetres et des administrateurs auxquels auront \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9s au moins les grands principes de cette psychophysiologie, dont je rappelais tout \u00e0 l&rsquo;heure l&rsquo;existence ; que les instituteurs apprennent ; qu&rsquo;un professeur d&rsquo;enseignement secondaire a actuellement le droit (il ne s&rsquo;en prive pas toujours !) d&rsquo;ignorer radicalement. Au lieu de chercher \u00e0 plier l&rsquo;enfant \u00e0 un r\u00e9gime implacablement uniforme, on s&rsquo;attachera \u00e0 cultiver ses go\u00fbts, voire ses \u00a0\u00bb marottes \u00ab\u00a0. Il y avait une grande f\u00e9condit\u00e9 dans l&rsquo;id\u00e9e des loisirs dirig\u00e9s que, sous le nom d&rsquo;\u00e9ducation g\u00e9n\u00e9rale, Vichy s&rsquo;est annex\u00e9e, en la d\u00e9formant. Il conviendra de la reprendre, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un personnel jeune. L&rsquo;\u00e9ducation physique aura sa large part. \u00c9trang\u00e8re \u00e0 tout exc\u00e8s ridicule, \u00e0 toute admiration b\u00e9ate ou malsaine pour un athl\u00e9tisme d&rsquo;exception, elle sera, simplement, ce qu&rsquo;elle doit \u00eatre : un moyen de fortifier le corps, donc le cerveau ; un appel \u00e0 l&rsquo;esprit d&rsquo;\u00e9quipe et de loyaut\u00e9.<\/p>\n<p>Nous demandons une tr\u00e8s souple libert\u00e9 d&rsquo;option dans les mati\u00e8res d&rsquo;enseignement : libert\u00e9 d\u00e9sormais d&rsquo;autant plus ais\u00e9e que la suppression du carcan des examens doit permettre une grande vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;initiative. se rend-on bien compte que, par la faute du baccalaur\u00e9at, la France est actuellement un des rares pays o\u00f9 toute l&rsquo;exp\u00e9rimentation p\u00e9dagogique, toute nouveaut\u00e9 qui ne s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve pas imm\u00e9diatement \u00e0 l&rsquo;universel, se trouve particuli\u00e8rement interdite ? Le latin universellement obligatoire est une absurdit\u00e9 ; de m\u00eame l&rsquo;uniformit\u00e9 d&rsquo;un programme math\u00e9matique trop pouss\u00e9, auquel certains esprits, qu&rsquo;il faut peut-\u00eatre plaindre, mais non condamner, se r\u00e9v\u00e8lent par nature rebelles. Nous ne nous proposons d&rsquo;ailleurs nullement de rejeter la tradition humaniste. Sous pr\u00e9judice, cela va de soi, des langues vivantes, le latin continuera d&rsquo;\u00eatre enseign\u00e9. Sa connaissance est indispensable \u00e0 toute discipline de caract\u00e8re historique. Elle ouvre l&rsquo;acc\u00e8s d&rsquo;une litt\u00e9rature dont les r\u00e9sonances sont loin d&rsquo;\u00eatre \u00e9teintes. Surtout, <strong>l&rsquo;apprentissage d&rsquo;une langue de caract\u00e8re synth\u00e9tique est, pour l&rsquo;intelligence, une gymnastique \u00e0 peu pr\u00e8s irrempla\u00e7able<\/strong>. Mais pour que cette \u00e9tude porte ses fruits, il faut qu&rsquo;elle soit s\u00e9rieuse, partant qu&rsquo;un nombre d&rsquo;heures suffisant lui soit consacr\u00e9. Plut\u00f4t qu&rsquo;un latin maladroitement \u00e2nonn\u00e9, comme on le voit trop souvent aujourd&rsquo;hui, mieux vaudrait pas de latin du tout ; avant toute chose, il faut dans l&rsquo;\u00e9ducation fuir l&rsquo;\u00e0-peu-pr\u00e8s. C&rsquo;est pourquoi, malgr\u00e9 l&rsquo;admirable valeur esth\u00e9tique et intellectuelle du grec, je crains fort qu&rsquo;il ne puisse \u00eatre maintenu, sinon par exception : une once de latin, quelques grains de grec\u2026 je pr\u00e9f\u00e8re bon poids du premier. Au reste, on n&rsquo;aura pas la fausse vergogne des traductions. Aucun \u00e9l\u00e8ve ne devrait sortir du lyc\u00e9e sans avoir pris contact avec les grandes \u0153uvres antiques. Il est cent fois pr\u00e9f\u00e9rable d&rsquo;avoir lu, en traduction, L&rsquo;Odyss\u00e9e ou L&rsquo;Orestie tout enti\u00e8re que de s&rsquo;\u00eatre content\u00e9 d&rsquo;en expliquer p\u00e9niblement, dans le texte, deux ou trois douzaines de vers. Un magistrat du XVIIIe si\u00e8cle, raconte Tallemant des R\u00e9aux, comme son fils, \u00e9l\u00e8ve chez les j\u00e9suites, lui demandait de lui faire parvenir une L\u00e9gende dor\u00e9e, lui envoya, \u00e0 la place, le Plutarque d&rsquo;Amyot : \u00a0\u00bb Mon fils, lui \u00e9crivait-il, voil\u00e0 la vie des saints telle que la lisent les honn\u00eates gens. \u00a0\u00bb Je laisse \u00e0 ce parlementaire son jugement sur l&rsquo;hagiographie. Qui ne souscrirait \u00e0 celui qu&rsquo;il portait sur les lettres grecques, m\u00eame connues, comme chez Amyot, \u00e0 travers un v\u00eatement fran\u00e7ais ?<\/p>\n<p>Nous demandons <strong>que l&rsquo;\u00e9ducation scientifique, que nous souhaitons \u00e9tendue et profonde, laisse r\u00e9solument tomber ce qui n&rsquo;est que mati\u00e8re d&rsquo;apprentissage technique. L&rsquo;enseignement secondaire a pour objet de former des esprits ; non, par avance, des ing\u00e9nieurs, des chimistes ou des arpenteurs<\/strong>. Ceux-l\u00e0 trouveront, plus tard et ailleurs, les \u00e9coles qu&rsquo;il leur faut. Nous voudrions que, surtout jusqu&rsquo;\u00e0 quatorze ou quinze ans, une place f\u00fbt faite aux disciplines d&rsquo;observation, parmi lesquelles la botanique, pratiqu\u00e9e sur le terrain, semble appel\u00e9e \u00e0 tenir un r\u00f4le pr\u00e9\u00e9minent. Nous prions les math\u00e9maticiens de se souvenir que l&rsquo;enseignement secondaire, la g\u00e9om\u00e9trie par exemple, a sa place beaucoup moins comme accumulation de connaissances (dont un grand nombre, par la suite, deviendront inutiles au commun des \u00e9l\u00e8ves) <strong>que comme un merveilleux instrument \u00e0 aiguiser le raisonnement<\/strong>. Nous pensons que des all\u00e8gements s\u00e9rieux peuvent \u00eatre apport\u00e9s \u00e0 des programmes comme celui de la chimie, o\u00f9 la masse des faits est excessive.<\/p>\n<p>Nous demandons que par un enseignement historique et g\u00e9ographique largement con\u00e7u &#8211; j&rsquo;ajouterais volontiers, pour l&rsquo;histoire au moins, totalement refondu &#8211; on s&rsquo;attache \u00e0 donner \u00e0 nos jeunes une image v\u00e9ridique et compr\u00e9hensive du monde. Gardons-nous de r\u00e9duire l&rsquo;histoire, comme on a eu tendance \u00e0 le faire ces derni\u00e8res ann\u00e9es, aux \u00e9v\u00e9nements purement politiques d&rsquo;une Europe, dans le temps, toute proche de nous. <strong>Le pass\u00e9 lointain inspire le sens et le respect des diff\u00e9rences entre les hommes, en m\u00eame temps qu&rsquo;il affine la sensibilit\u00e9 \u00e0 la po\u00e9sie des destin\u00e9es humaines<\/strong>. Dans le pr\u00e9sent m\u00eame, il importe bien davantage \u00e0 un futur citoyen fran\u00e7ais de se faire une juste image des civilisations de l&rsquo;Inde ou de la Chine que de conna\u00eetre, sur le bout du doigt, la suite des mesures par o\u00f9 \u00a0\u00bb l&rsquo;Empire autoritaire \u00a0\u00bb se mua, dit-on, en \u00a0\u00bb Empire lib\u00e9ral \u00ab\u00a0. L\u00e0 encore, comme dans les sciences physiques, un choix neuf s&rsquo;impose.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, nous demandons, d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre, une r\u00e9vision raisonn\u00e9e des valeurs. La tradition fran\u00e7aise, incorpor\u00e9e dans un long destin p\u00e9dagogique, nous est ch\u00e8re. Nous entendons en conserver les biens les plus pr\u00e9cieux : son go\u00fbt de l&rsquo;humain ; son respect de la spontan\u00e9it\u00e9 spirituelle et de la libert\u00e9 ; la continuit\u00e9 des formes d&rsquo;art et de pens\u00e9e qui sont le climat m\u00eame de notre esprit. Mais nous savons que, pour lui \u00eatre vraiment fid\u00e8les, elle nous commande elle-m\u00eame de la prolonger vers l&rsquo;avenir.<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand, en 1944, Marc Bloch[1] tente de comprendre les origines de l\u2019humiliante d\u00e9faite que vient de subir la France, il constate\u00a0: \u00ab\u00a0Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de strat\u00e9gie, de pratique administrative ou, simplement, de r\u00e9sistance morale, notre effondrement a \u00e9t\u00e9 avant tout, chez nos dirigeants et (pourquoi ne pas avoir le courage de l&rsquo;avouer ?) dans toute une [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[280],"tags":[597,600,590,595,593,599,592,591,594,598,596],"class_list":["post-3464","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fr","tag-aldous-huxley","tag-apprentissage","tag-education","tag-eleve","tag-enseignement","tag-formation","tag-latin","tag-marc-bloch","tag-mathematiques","tag-meilleur-des-mondes","tag-reforme-jospin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3464","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3464"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3464\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3474,"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3464\/revisions\/3474"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3464"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3464"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odilemojon.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3464"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}